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jeudi 9 août 2012

Aris Fakinos, un écrivain grec exilé en France qui fit découvrir son pays à tout un public français de lecteurs conquis...

----------  Rencontre  ----------


« Les enfants d'Ulysse » par Aris Fakinos


L'ombre du passé lointain ! *


* Article publié le lundi 11 décembre 1989 dans le quotidien régional « Le Journal de Toulouse ».




Invité de la Librairie Ombres Blanches, Aris Fakinos était de passage à Toulouse pour présenter son dernier roman « Les enfants d'Ulysse ». Simple et cordial, il nous a raconté son chemin d'écriture et les coulisses de ce roman. 



Aris Fakinos, à l'âge de cinquante-quatre ans, est l'un des meilleurs écrivains grecs contemporains, disent les lecteurs avisés. Il écrit en grec, est traduit en français et à l'étranger. Enseignant né à Maroussi, au cœur de l'Attique, il dut en 1967 fuir, vers la France, la dictature des colonels. Dès lors, journaliste et homme de radio, il s'employa à poursuivre son œuvre littéraire, riche de onze titres. Son dernier roman raconte l'histoire d'un jeune garçon qui grandit dans une Grèce qui bouge, qui se bat, qui se déchire, qui perd ses hommes. En ponctuation, la longue attente d'Ulysse, roi d'Ithaque et de ses compagnons attendant dans le cheval de bois l'opportunité d'entrer dans Troie assiégée. L'enfant, allaité au merveilleux, fait une analogie entre les héros des combats légendaires de l'Antiquité et ceux de 1940 et de la guerre civile qui s'ensuivit. Un témoignage étrange comme un hommage avec une pudeur sans pareille. Des silhouettes bienveillantes : Antonis, vieux menuisier et Athéna, belle résistante.


Aris Fakinos : une conscience venue de l'Antiquité (photo Manuel Vimenet)

Journal de Toulouse : souvent est évoqué l'existence d'un roman dans le roman, comme une vogue. Bien souvent l'impression d'un style fabriqué mais là, aucune facilité n'apparaît. Au contraire, la certitude que vous avez dû "dégraisser" pour donner plus de force...

Aris Fakinos
: c'est un bouquin qui, non seulement m'a pris beaucoup de travail mais en plus... pour la première fois, il m'est arrivé, pour avoir une page définitive par exemple, d'avoir écrit dix ou douze fois au moins... chaque page. Et toujours avec la même hantise : dégraisser, enlever, manier le ciseau, quoi ! Ça vient tout seul... Si l'on a des choses à dire, il vaut mieux ne pas l'habiller avec des fanfreluches. Pourquoi ? Parce que je voulais que ça soit le plus sobre possible. Je pense que quand on est sobre, on est fort... sans faire un effort pour cela. En plus, je voulais éviter le piège de commenter les choses, d'une part... et de me lamenter aussi. Comme les évènements que je raconte sont des évènements très graves : la guerre, le massacre... tout ça, je ne voulais pas faire encore un livre sur la guerre, le massacre mais sortir de là ce qui est le plus important : la fin d'un monde et l'arrivée d'un nouveau qui est terrible ! C'est à dire la rencontre du monde moderne, qui a commencé pour moi en 1940, avec la guerre et la fin de l'ancien monde grec. Car la Grèce, à cette époque là, vivait pratiquement encore avec l'esprit de l'Antiquité... Nous, en Grèce, quand on a vu des Allemands débarquer pour la première fois, ce n'était pas les Allemands qui arrivaient seulement mais un autre monde... carrément ! De toute façon, même aujourd'hui, on sait très peu de choses sur la Grèce. En 1967, arrivé en France, je voulus écrire le "livre noir de la dictature anglaise" mais, en farfouillant dans les archives, je ne trouvais rien de ce qui se passait alors. À l'époque, la Grèce faisait partie de l'Alliance Atlantique et il était difficile, pour l'Occident, de parler d'une guerre civile où l'on se battait entre gens de gauche et gens de droite. Dans un pays occidental, le maître-mot de la guerre froide, c'était quoi ? Chez nous, c'est le pays de la liberté et chez eux (à l'Est), c'est le chaos. Or, dans ce camp de la liberté, c'était la pagaille ! Il y avait une guerre civile qui a coûté à la Grèce pratiquement un demi-million de morts. Hallucinant ! On ne savait pas comment justifier cela. On avait honte, aussi d'admettre que la Grèce, juste après la Libération, fut occupée par les Anglais... de dire que les mouvements de résistance se virent interdits de participation au Gouvernement. 

 
J. de T. : malgré la volonté de narrer des faits historiques, vous avez su garder une véritable fraîcheur littéraire...


A. F. : mon objectif était de montrer aux gens, à moi-même d'abord, quelles étaient les conséquences de ces évènements... et pourquoi il y a des milliers de grecs qui sont complètement paumés, qui sont exilés à gauche... à droite. J'ai voulu montrer que la Deuxième Guerre Mondiale, la guerre civile étaient notre entrée dans le monde moderne... et que nous avions vécu, bien avant, des situations que l'Occident est entrain de connaître. Pourquoi l'Occident ? Parce que, pour moi, la Grèce n'est ni l'Occident ni l'Orient, c'est la Grèce ! Sur le fil du rasoir. J'ai voulu rester littéraire car l'écrivain, au contraire de l'historien, raconte les conséquences des évènements et l'émotion. L'Histoire a toujours été faite par les Grands... pour les Grands. Voilà le travail qui était à faire : parler de celui qui a fait l'Histoire, de l'inconnu qui s'est battu, du petit Caporal. Vraiment !

J. de T. : vous aviez un père formidable, un vrai philosophe. Il a une phrase terrible parlant de la Grèce : « Avec un peu de chance, on n'aura plus affaire à des conquérants mais seulement à des protecteurs. En somme, de l'état d'esclaves, on passe à celui de putains ».

A. F. : il n'avait pas tort quand on voit ce qui se passe aujourd'hui... Mon père était fondamentalement un pessimiste. Chaque fois que nous lui disions : « Mais pourquoi ne crois-tu pas qu'après la guerre, ça sera mieux ? ». Il répondait : « Mais pourquoi ça sera mieux ? Du moment où l'Histoire, que nous avons derrière, est plus longue que celle que nous avons devant nous, très probablement ». Il avait une Histoire de trois mille ans derrière lui. Rien ne lui laissait supposer que l'Homme serait meilleur dans l'avenir. La bombe atomique, pour lui, fut le signe d'un début de la fin. Même chose quand il vit les photos de camps de concentration, en Allemagne. Tous nos ancêtres, Platon et les autres, nous montrèrent qu'il existe plusieurs chemins : le Bien et le Mal, l'Homme a choisi le chemin du Mal. Quand on voit ce qui se passe aujourd'hui... mon père avait bien vu. Il ajoutait que, quand il y aurait du progrès, l'esclavage que nous vivons changerait de forme... La Grèce fait tout le temps du tourisme. Mais c'est quoi ?  C'est comme si vous ouvriez votre maison aux voisins, aux gens qui passent en leur disant : « Viens voir ! J'ai une belle maison... ». Les gens viennent et en partant vous laissent, dans une assiette, des sous. On vend quoi, nous les Grecs ? On vend les antiquités, le soleil et la mer.

J. de T. : j'ai été ému de voir les sacrifices qu'il avait choisi de faire, pour permettre à son fils d'apprendre, d'étudier.

A. F. : il avait cet espoir. C'est pourquoi, lors d'alertes à la bombe, quand ma mère essayait de sauver, je ne sais pas moi... la bouffe, un ou deux meubles, je ne sais pas quoi... lui, prenait un drap, courait à la bibliothèque, prenait tous les bouquins qu'il pouvait... pour les mettre à l'abri. Parce qu'il disait qu'ils étaient l'expérience des autres, la sagesse des autres, et qu'il fallait conserver cette sagesse. Il me disait souvent : « A quoi sert-il de savoir lire si on n'utilise pas la sagesse qui est dans le Livre pour avancer dans l'avenir ». Ce qui m'étonne aujourd'hui, c'est que l'on redécouvre que la Terre est ronde ! On apprend aux femmes comment accoucher, c'est extraordinaire ! Comment bien manger... On a perdu le contact avec les traditions. Les vieux ne nous parlent plus car on les enferme dans les hospices. C'est comme si vous preniez un livre et le jetiez dans une cave. On refait des conneries qui ont déjà été commises alors que... d'avancer c'est faire des conneries inédites, au moins. Ne pas tomber dans le même trou ! C'est consolant. Mon père me disait : « Si tu étais un chat, je t'aurais appris comment attraper des souris, si tu étais un chien comment ronger un os. Tu n'es ni chat, ni chien... tu es un homme, je dois t'apprendre à vivre avec les hommes ». Propos recueillis par Patrick Besset.

 












« Les enfants d'Ulysse » d'Aris Fakinos, traduit du grec par Roselyne Majesté-Larrouy au Seuil - 187 pages, 85 francs.






Aris Fakinos s'est éteint des suites d'un œdème pulmonaire, le  3 mai 1998 à Montreuil (93). Il nous laisse une œuvre remarquable, majoritairement traduite du grec par sa compagne Roselyne Majesté-Larrouy et publiée chez Fayard et au Seuil.



http://patrickbesset.blogspot.fr


 

  Pour en savoir plus, n'hésitez pas, envoyez un courrier électronique à Patrick Besset 

dimanche 5 août 2012

Entretien de Paul Dubois avec Patrick Besset sur la création littéraire.

Patrick Besset : « Je n’ai jamais connu de syndrome de la page blanche »



Photo de Patrick Besset, datant de 1999, prise par Raymond Souhami, un photographe.
Photo de Patrick, datant de 1999, prise par Raymond Souhami, un ami photographe.

Patrick Besset, écrivain, partage dans un entretien à Écrire un roman, sa vision de l’écriture et du monde de l’édition. Passionné de littérature, il a à son actif quelques romans, une pièce de théâtre et une vingtaine de nouvelles.

Vous pouvez le retrouver sur son blog : « Patrick Besset... écrire avant tout ! »


Présentation



Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?


Je suis né à Toulouse, un 15 mai 1960... J’aurais préféré naître en terre basque comme ma mère, histoire d’oser croire que j’aurais pu apprendre sa langue secrète dès l’enfance. En fait, je ne l’ai entendue qu’au travers des mots de ma grand-mère. Déjà dire, raconter prenait les contours d’un mystère. J’ai eu la vie d’un cadre commercial, souvent sur les routes de France, pestant de ne pas avoir le temps d’écrire, quand je le consacre à remplir des bons de commande, à visiter une clientèle de pharmaciens ou de vétérinaires et trop stressé pour écrire durant les temps de chômage, entre deux postes.


Quel est votre parcours d’auteur ?


Tout d’abord, l’amour de la langue française, la quête perpétuelle du mot juste, un combat de toujours pour défendre mon vocabulaire jugé trop riche par mes potes, par mon entourage qui me pensait certainement pédant quand je les désarçonnais. Je rétorquais bien souvent :

« Pourquoi se contenter d’utiliser quelque 400 mots comme tout français moyen pour balbutier misérablement, chichement quand nos dictionnaires en abritent bien 40 000 pour mieux nous exprimer ? A-t-on vu beaucoup de peintres ne pas s’emparer de tous les pigments mis à leur disposition ? »

Puis, me vint l’envie d’être lu par un plus grand nombre et pour cela, il me fallait être publié ; je le fus pendant trois années à la fin des années 80 pour nombre d’articles, de critiques littéraires et artistiques dans un quotidien régional – Le Journal de Toulouse – ce qui me fit découvrir être l’objet de l’attente de certains lecteurs avides de me lire. Je m’intéressai ensuite au genre de la nouvelle littéraire et fus lauréat en 1998 du concours de la nouvelle policière de la RTBF, en Belgique. Depuis lors, je n’ai cessé de caresser le doux rêve de pouvoir vivre, un jour, exclusivement de mes droits d’auteurs et j’écris des romans, des nouvelles, du théâtre.


Depuis combien de temps écrivez-vous ?


Depuis l’âge du lycée, j’ai écrit pour mieux dire... mon admiration, mes moqueries, mes révoltes, mes amours.


Comment vous est venue cette envie d’écrire ? Avez-vous d’autres passions ?


Je me souviens que c’est lors de ma première année en médecine, en 1979, que j’ai décidé qu’un jour, je serai écrivain... je suis passionné par la peinture, la sculpture, l’observation de la nature et de mes semblables.


Routine de vie

 


Travaillez-vous dans un endroit fixe ? Si oui, pouvez-vous le décrire ?


Il s’agit de mon appartement, parfois dans le salon, sur une table bistro ou dans la cuisine, j’affectionne d’écrire pendant que mijote un bon ragoût sur le feu et le plus souvent, dans mon bureau qui est une vraie tanière : amoncellement de documentations diverses, de livres, d’un fouillis qui ferait frémir n’importe quelle chatte pouvant y perdre ses chatons. Je travaille sur un immense bureau modulable, fait sur mesure dans les années 80, par une société d’Albi avec un très grand plateau sur lequel, j’ai pu tour à tour poser mes divers ordinateurs et mes multiples écrans. Aujourd’hui, un desktop est à mes pieds et un écran plat de 19 pouces en face de moi, à presque une longueur de bras, un clavier et une souris sans fil pour ne pas me sentir entravé.


Combien de temps consacrez-vous à l'écriture par jour, par semaine ?


J’écris bien au moins une heure par jour sinon, je ne suis pas bien et il m’arrive d’écrire quelques heures d’affilée en plein élan créatif.


Aimez-vous travailler dans le silence ou en musique ?


Je n’ai pas de règle. Le silence peut être pesant durant la journée et la TV est souvent en fond sonore dans une pièce voisine, car je vis seul, en célibataire géographique... mais durant la nuit qui est vraiment productive pour moi, j’écris dans le silence, car je suis respectueux du sommeil de mes voisins.


Êtes-vous sujet à la procrastination ?


Je pense constamment au texte que j’ai sur mon établi (dans la mémoire de mon ordinateur) même si je n’écris pas et je m’accorde alors l’absolution devant mes temps de « repos » quand d’y penser, de ratiociner a fait naître quelques bonnes idées, quelques belles phrases.


Méthodes d’écriture

 


Écrivez-vous sur papier ou ordinateur ? Pourquoi ?


Sur un ordinateur ou dans des carnets ou des cahiers... je suis un vrai senior geek et dans des carnets ou des cahiers, car cela correspond à un besoin sensuel, au désir d’étreindre la langue, de la modeler comme je le fais de l’argile pour mes sculptures. Sur l’ordinateur grâce à la fonction copier-coller, le texte est tout de suite impeccable en apparence et les repentirs ont disparu... alors que la relecture des brouillons peut conduire à explorer d’autres paysages abandonnés précédemment. Sur l’ordinateur, ils sont radicalement effacés de ma mémoire dans le même temps qu’ils sont effacés de la mémoire vive de mon PC. Ce serait donc dommage de se priver de l’écriture à l’ancienne... Continuons donc à sucer le bout du crayon à papier aiguisé au taille-crayon à manivelle et glissé à l’oreille comme le faisait le boucher de mon enfance avant de jeter les deux steaks sur le plateau de la balance !


Avez-vous déjà vécu le syndrome de la page blanche ? Si oui, quelle est votre recette pour le vaincre ?


Je n’ai jamais connu de syndrome de la page blanche, car j’ai toujours fait une parallèle avec la sculpture... la réussite de la mise en forme d’un texte médiocre naît de son patient malaxage, de la mobilité de ses mots, de ses phrases tout comme une informe masse de terre argileuse qui colle aux doigts s’échauffe à force de trituration et donnera naissance à une forme sublimée par la pensée jusqu’à devenir un splendide totem. Il faut donc accepter l’idée fondamentale qu’un chef d’œuvre peut être l’évolution d’un laborieux travail et que de produire parfois de la merde nous rend plus humains, moins proche des dieux... C’est presque rassurant pour ne pas se vivre en démiurge et pour éviter de subir la fin d’Icare ! Ainsi, la hantise de mal faire faire ne me paralyse pas ; la peur de la page blanche n’a pas de sens, car il n’y pas d’enjeu. Pratiquer l’art de la nouvelle, du texte court permet de désacraliser l’art d’écrire et m’a rendu familier avec la création de nombreux personnages et il me sied mieux d’écrire n’importe quoi que de de ne rien écrire.


Écrivez-vous sans savoir où vous allez ou planifiez-vous votre histoire ? 


À la rigueur, j’ai une intention... comme fil conducteur ; ensuite les personnages font irruption dans ma conscience et habitent mon imaginaire, le temps du récit.


Utilisez-vous une méthode particulière (plan, fiches de personnages, synopsis…) ?


À l’usage, je me suis aperçu que c’était vain... les personnages deviennent parfois importuns, tantôt envahissants, tantôt discrets, car ils ont leur propre vie que je ne maîtrise pas, j’en suis à la rigueur l’échotier, le biographe.


Prenez-vous beaucoup de notes ? Comment les organisez-vous (carnet, feuilles volantes, logiciel…) ?


Non, je me goinfre d’images et de souvenirs sonores, olfactifs, visuels sur lesquels j’ai greffé des mots sur l’instant pour essayer de les décrire... jusqu’à la saturation.


Qu’est-ce que change l’écriture d’une série de celle d'un roman unique ?


Je n’ai pas d’avis sur la question...


Inspirations

 


Comment trouvez-vous l’inspiration ? Musique, films, livres, photos ?


En étant à l’écoute du monde qui m’entoure, en évitant de ne regarder que mon nombril, en aiguisant mon appétit des créations d’autrui.


Avez-vous un ouvrage culte traitant de l’écriture ?


« Écrire, guide pratique de l'écrivain, avec des exercices » de Jean Guénot, le pape de l’auto-édition auquel j’ai consacré plusieurs articles de presse par le passé. Récemment, à la suite de leur mise en ligne sur mon blog littéraire, je l’en ai averti et il m’a gentiment répondu, presque espiègle, qu’il était toujours vivant, fidèle au poste.

Comment procédez-vous pour vous démarquer ?


Je ne procède pas, car le plus grand travail de l’écrivain comme de tout artiste est de se débarrasser de la facilité de faire « à la manière de » pour parvenir à accepter de parier qu’il est unique à tel point que ce qui fera sa force, son pouvoir d’attraction, sa sève, son miellat est justement son authenticité, sa singularité. Il faut travailler à ne pas être orgueilleux, mais à tenter de n’être que vaniteux...


Qui sont vos auteurs préférés ?


Jim Harrison, Philippe Djian, Pascal Quignard, Cioran, Tony Hillerman, Arthut Upfield, Sam Shepard, Raymond Carver, Norman Mc Lean, John Fante et tant d’autres...


Quel est le livre qui constitue votre idéal en terme d’écriture ? Pourquoi ?


Je n’ai pas de réponse précise, car je ne recherche pas de modèle... c’est sans intérêt.


Quels conseils donnerez-vous aux auteurs qui souhaitent écrire un roman et l’éditer ?


Tout d’abord, lire, lire et lire encore... n’importe quoi, tout est bon ! Et lorsque l’envie d’écrire se fait sentir, écrivez. Pour ce qui est d’être édité, apprenez au préalable les règles du jeu : un éditeur est un marchand qui veut gagner sa vie non pas grâce aux compliments des critiques littéraires — qui reçoivent gracieusement les offices de presse qu’ils revendront plus tard comme livres d’occasion pour arrondir leurs fins de mois, car dure est la vie du pigiste —, mais grâce aux milliers sinon aux millions de livres achetés par des lecteurs qui paient à la caisse d’une librairie de quartier, d’un hypermarché ou sur un site en ligne. Et ce qu’il publiera n’est pas forcément le plus beau des textes, mais plus facilement le texte à la portée du plus grand nombre... si vous ne voulez pas souffrir, ne mettez jamais d’amour-propre dans votre relation avec un éditeur : vous ne parlerez jamais la même langue. Restez lucide, ne défendez pas votre œuvre comme la prunelle de vos yeux, mais comme le kilo de tomates vantées pour être meilleures en croque-sel, que vous voulez vendre à la ménagère de moins de cinquante ans qui repasse devant votre étal pour la troisième fois telle une tapineuse, car elle a remonté le boulevard pour comparer les prix et l’apparence des légumes dont elle veut faire l’achat à moindre coût, histoire de cuisiner à son homme, une ratatouille digne de la recette de Belle-Maman.



Actualités


Quelle est votre actualité (projets, souhaits, etc.) ?


Achever un roman que j’ai sur mon établi depuis 1997 et qui a connu plusieurs versions successives, l’envoyer à mon éditeur qui trépigne puis acheter une jolie propriété à la campagne pour y fuir la sauvagerie annoncée de la prochaine rentrée littéraire.


Combien de temps avez-vous mis pour écrire votre premier manuscrit ? Et combien pour le corriger ?


Je crois me souvenir l’avoir écrit en un seul mois, un mois d’août torride de l’année 1979, suant jour et nuit, dans un état de transes... et une bonne année à le corriger.


Quels sont les problèmes que vous avez rencontrés ? Comment les avez-vous dépassés ?


Éviter le découragement, les pensées négatives de la mauvaise Muse, qui me susurrait à l’oreille : « Pour qui te prends-tu ? Écrivain, toi ? Jamais. »


Comment avez-vous réussi à décrocher un contrat avec une maison d'édition ? Avez-vous des recommandations à ce sujet ?


Par le plus grand des hasards... il était celui choisi par la RTBF qui organisait son prix de la nouvelle policière. Aucun conseil sinon d’éviter les escrocs et les pièges de l’édition à compte d’auteur.


Pourriez-vous nous détailler la méthode de travail de votre éditeur avec un auteur comme vous ?


Pas du tout, mon éditeur fait son travail d’éditeur : vendre mes livres et je fais le mien : celui d’écrire. Je n’attends de lui que des résultats qui se manifestent sous la forme d’un chèque des droits qui me sont dus et je me sers de tous les moyens légaux pour veiller à ne pas être grugé, dont celui d’exiger les respects du Code de la Propriété Intellectuelle.


Aux termes des articles L 132-13 et L 132-14 du Code de la Propriété Intellectuelle (CPI), « l’éditeur est tenu de rendre compte » à l’auteur pour tout contrat d’édition et « de fournir à l’auteur toutes justifications propres à établir l’exactitude de ses comptes ».
La reddition des comptes est un document informatif qui doit permettre à l’auteur de connaître le plus fidèlement possible la réalité de l’exploitation de son oeuvre. Celle-ci doit être explicite et transparente.

Le Code des usages signé le 5 juin 1981 par le SNE et le CPE a complété ces principes. Il indique notamment que l’éditeur est tenu d’adresser à l’auteur au moins une fois par an un relevé de ses droits d’auteurs.

Cette obligation d’envoi systématique est limitée aux cinq premières années d’exploitation de l’ouvrage. Au-delà de ces cinq années, le relevé doit être établi par l’éditeur et être tenu à la disposition de l’auteur ou lui être communiqué à sa demande.


Un dernier mot à nos lecteurs ?


Tout d’abord, régalez-vous en lisant et prenez un pied gigantesque en écrivant si vous vous sentez être fait pour ça et n’écoutez pas les empêcheurs de tourner en rond qui vous jugent indignes d’une telle prétention. Courage aux coeurs fidèles, hardis ils vaincront !


Pour en savoir plus, lisez mon article : « Une leçon d'écriture ? S'il vous arrive de vivre pareille mésaventure... écrivez-moi, les quiproquos sont rigolos ! »


Entretien de Paul Dubois avec Patrick Besset.




http://patrickbesset.blogspot.fr


 

  Pour en savoir plus, n'hésitez pas, envoyez un courrier électronique à Patrick Besset 

mardi 19 juin 2012

Marcel Bozzuffi connut une belle carrière d'acteur, de splendides seconds rôle dans le cinéma français mais il aurait pu connaître un premier rôle en littérature car son talent de conteur est réellement bien singulier...

Françoise Fabian à la librairie Castéla


Marcel  Bozzuffi... Forfana ! *


* Article publié le samedi 24 février 1990 dans le quotidien régional « Le Journal de Toulouse ».



Françoise Fabian : rappelle-toi "Bozzu"
Françoise Fabian était de passage à Toulouse, mercredi dernier afin de présenter « Forfana », le livre publié chez Alinéa, sorti en librairie le 12 janvier dernier, un recueil de trois récits. Son auteur ? Celui dont elle fut la femme. Elle a évoqué son enfance algérienne, son père instituteur, avec des admirateurs venus la rencontrer et à travers elle, rencontrer celui que ses amis appelaient « Bozzu ».


Marcel Bozzuffi ! Bizarre, sans jamais avoir été au rang des stars, l'acteur m'apparaît comme une figure mythique du cinéma français tant son visage est vivant dans ma mémoire. Simplicité cordiale, il est là, tout près... Peut-être n'a-t-il jamais voulu de cet habit de lumière ?
Dans l'intimité, il racontait des histoires avec des airs de père tranquille. Françoise Fabian, dans la préface qu'elle signe, décrit la scène... L'anecdote ressemble à une mise en scène à la Renoir. Devant la fugacité de ces instants, elle persuade le mari volubile de se muer en homme de plume. Il se range au désir de la Raison.

Forfana
« Mon oncle Alfred était sûrement l'un des meilleurs toupilleurs de Paris », écrit Bozzu. Alfred, artiste ébéniste, est un homme amoureux fou de son métier. Amoureux comme tous les ouvriers du bois, immigrés italiens qui travaillent, transpirent, s'échinent à la tâche dans tous ces petits ateliers qui pullulent dans ce cœur du meuble français.
Après la victoire d'Ottavio Bottechia dans le Tour de France d'avant-guerre, il était en ces temps là un dénommé Marcello Bertone, un italien dont la volaille avait fait la fortune. Il était aussi son frère Antoine, cafetier de la Place Aligre, dans ce quartier, à cheval sur la rue du faubourg Saint-Antoine, planté d'arbres et qui ressemble à un village provincial. Ces deux là, joueurs invétérés, amoureux des trotteurs de Vincennes, amoureux de Talisman - le crack que Marcello venait d'acquérir - aperçoivent ce matin-là Guiseppe Forfana, un homme de peine, un piémontais de Caprice, un sac de farine sur les épaules. Incroyable pari : défier le pauvre hère de charrier sur son dos, un sac de cent kilos depuis la Bastille jusqu’à Nation. Une pièce d'or, un Napoléon sera l'enjeu de ce pari misérable.
Forfana effectuera ce parcours comme un clavaire. Derrière lui pour le soutenir, l'encourager... tout ce peuple d'italiens en exil qui, durant quelques heures chômées, verront en lui leur champion. Il sera l'esprit de la revanche, l'esprit de l'honneur recouvré en effaçant les amertumes rentrées. Horace des années Trente, un vainqueur !
Bozzu nous offre là un conte moderne d'une facture superbe, époustouflant par l'émotion qu'il suscite chez son lecteur écartelé. Chaque mot vient pile comme le morceau d'un puzzle. Une merveille de réalisme qui prendra la couleur – pour le lecteur plus attentif – d'une fable populaire dont la morale est teintée d'espérance.

Le vélodrome

Bozu a dix ans. Il a un pote, Olivier Bélier dit Olive, dit Popeye. Tous deux sont nés sur le même palier de la même maison. Même enfance, mêmes rêves, mêmes copains, il sont complices... Même amour pour la petite reine, pour les « vainqueurs, couverts de boue, méconnaissables, au regard de hibou, semblables à ces chauffeurs de locomotive, lunettes sur le front, photographiés à l'arrivée des grandes lignes » (sic).
Un jour, ils volent deux vélos. Or, la Préfecture a ordonné leur réquisition... La colère du père Bozzuffi clate. Injonction est faite aux deux larrons de conduire ces « véhicules » au Vélodrome... là-même où les bicyclettes, les tricycles, les triporteurs, les tandems et tant d'autres carcasses empilées par la grue sont comme une montagne de ferraille.
Le vélodrome est désert en ce début d'après-midi. Une envie oppressante tenaille les deux gamins : disputer, pour la gloire, un Grand Prix de vitesse. Soudain, ils enfourchent deux bécanes...

Rue Cimarosa, s'il vous plaît

Où... lorsqu'on est acteur, alors qu'un film de Granier-Deferre dont vous êtes le héros est passé, la veille, à la télévision, il est étrange de rencontrer un chauffeur de taxi insomniaque, marié à une dormeuse, qui, pour gommer sa vie terne, s'identifie pleinement aux héros de cinéma...
Avec un sens aigu de la chute, Marcel Bozzuffi était un authentique conteur – pour preuve, chaque fin de chapitre... Merveilleux ! Car trop rare en notre époque où tout un chacun ne sait qu'entendre sans plus savoir écouter. Mieux encore ! Il était un écrivain rare. Il savait de façon innée, camper un personnage pour nous le rendre attachant, drôle ou émouvant. Ces trois récits sont comme des travaux d'orfèvrerie, singulièrement peaufinés, riches d'un immense pouvoir d'évocation. Bozzu devait être sacrément sensible pour percer à jour, avec une telle acuité, les gens qu'il croisait, pour les faire revivre avec tant de vigueur. Il décrivit un Paris, en noir et blanc, à la Doisneau. Un régal pour les gourmets ! Il en arriva à vous rendre – ce fut mon cas – nostalgique d'un passé que vous n'aviez pas connu. N'est-ce pas cela l'art d'écrire ou plus précisément le don ?
J'en viens à maudire le destin qui m'oblige à parler de lui au temps du passé alors qu'il m'aurait plu d'user du présent voire du futur de l'indicatif, pour un autre texte. Comme un chaînon manquant entre une littérature d'hier et celle de demain...
Merci Bozzu pour cette petite heure sublime de lecture ! Patrick Besset.














« Forfana - Récits » par Marcel Bozzufi chez Alinéa, à Aix-en-Provence, 140 pages - ISBN : 9782904631917 - 74 francs.

Né le 28 octobre 1929, à Rennes, Marcel Bozzuffi est décédé à Paris le 1er février 1988, à l'âge de cinquante-huit ans, des suites d'une hémorragie cérébrale et repose au cimetière du Montparnasse.. 








Dernière heure

•     Établies à Aix-en-Provence tout d'abord au 5 de la rue du Félibre Gaut puis au 22, rue Victor-Leydet et dirigées par Diane et Jacques Kolnikoff, les éditions Alinea ont aujourd'hui cessé leurs activités. Dès 1985, elles avaient contribué à faire découvrir au public francophone l’œuvre de Christa Wolf, l'écrivain la plus célèbre de l'ex-République démocratique allemande et en 1986, la première traduction par Jeanne Stern de « Transit », avec une aide de l'Office Régional de la Culture PACA... roman d'Anna Seghers évoquant le monde des parisiens et des provinciaux de la France entière réfugiés à Marseille, en attente des moyens d'une fuite durant les premières années du deuxième conflit mondial.
Il sera facile à tout lecteur pugnace de trouver sur la Toile le bouquin de Marcel Bozzuffi car... à cœur vaillant, rien d'impossible !



•     À Toulouse, la librairie Castéla, fondée en 1917 par une nordiste, Ida Castéla, véritable monument patrimonial local sera vendu aux époux Fantini-Bezagu en 1966, puis à la famille Blanc en 1981. C'est à Georges Blanc, 60 ans, qu'il échoit de mettre la clef sous la porte et de licencier ses vingt-huit collaborateurs pour cause de loyer devenu extravagant, quadruplé tout à trac en 2012, passant à 800 000 euros annuels. La Librairie Castéla a donc fermé ses portes le 17 février 2012, après quatre-vingt quinze années d’une présence incontournable…



•    Françoise Fabian est discrètement à l’affiche du très beau film  : « Le prénom » d’Alexandre de La Patellière et de Matthieu Delaporte adapté de la pièce de théâtre éponyme et très prochainement du premier long-métrage « Post-partum » de Delphine Noels, œuvre très attendue de la réalisatrice belge surdouée, née en 1973. 


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vendredi 1 juin 2012

Gobing, une artiste pleine de sagesse... une œuvre sur laque comme une empreinte surgie du fond des âges !


La Dame du Lac... *


* article publié le lundi 27 février 1989 dans le quotidien régional " Le Journal de Toulouse ".
 

" Cargo". GOBING.
Gobing, cheveux blonds et yeux bleu pâle qu'elle dit être le bleu des vieilles âmes, née en novembre 1943 à Paris est une véritable Fée Viviane qui fait naître de la laque joies, vestiges ou désarrois.
Formée dans les Ateliers d'Arts Appliqués de Paris, elle obtient deux diplômes... celui de laque (Atelier Coromandel) et celui de publicité.
Elle passe ensuite aux Beaux-Arts à Paris, chez Brianchon (peinture) et chez Adam (sculpture) puis commence à exposer dès 1965 et voit en 1981, le Musée des Arts Décoratifs retenir ses travaux de miniatures.

" L'épave ". GOBING.
Elle s'est remise à ses premières amours de la laque. Installée depuis quinze ans à Villefranche-de-Rouergue pour la beauté du paysage et de son architecture, elle vient de faire le choix de venir installer son atelier à Toulouse. "C'est une ville chaleureuse ! Belle de couleurs".

Un mode d'expression : la laque...

"Je détourne cette technique, décorative jusqu'alors, pour en faire vraiment de l'Art, de la Peinture ! Cela va au-delà de la belle image sans âme, de l'exercice de style qui ne marque que son époque.
De plus, c'est une matière qui est très ambigüe, elle est chaude... ce qui est paradoxal. Chaude et froid à la fois ! De surcroît, c'est une des rares matières que l'on peut toucher...

" Un sourire fugace ". GOBING.
J'ai ainsi l'impression que la Vie passe lors de la Création. Il n'y a pas de distanciation ! Chose que l'on ne rencontre qu'avec la sculpture, sinon. Les gens sont d'ailleurs ravis d'apprendre qu'ils peuvent toucher l'œuvre sans crainte.
Au-delà de ce fait et de façon très personnelle, j'apprécie par dessus tout l'inaltérabilité de l'œuvre. Elle durera, intacte, bien après moi...
".




La technique de la laque (superposition de plusieurs couches poncées entre elles) existe depuis 2 300 ans avant Jésus-Christ, en Chine et au Japon. Gobing préfère travailler sur des panneaux de bois apprêtés avec des polyuréthanes qu'elle recouvre d'argent ou de cuivre et utilise les oxydations. De ce fait, elle travaille sur calque, ce qui présume d'un fil conducteur prémédité, réfléchi.
" Ils se détachent ". GOBING.
" Il faut toujours que je sache ce que je vais faire. Une fois que je sais où je vais mettre les valeurs, je pars du plus clair pour aller vers le plus foncé. J'isole la tonalité obtenue et je continue... une fois le panneau fini, j'applique diverses couches de laque poncées au papier abrasif. C'est un travail de longue haleine  La majeure partie du résultat est pensé avant".
Les oxydations sont immédiates et l'obligent à une présence extrêmement vigilante pour observer le moment exact où elle interviendra pour isoler et stopper la coloration avec de l'eau ou un vernis.



" Volcan ". GOBING.



"Je veux traduire des odeurs, une chaleur, une atmosphère qui m'aura laissé une impression sous la peau... de bien-être ou de mal-être, peu importe ! Ces impressions, tout un chacun les a connues.
Là où ne suffirait pas le langage, je propose une mise en scène d'émotions, avec une prédilection pour les moments d'équilibre.
Ces moments où tout peut basculer... du moins, voilà mon vœu : évoquer l'indicible chez chacun... Pourtant, ce n'est pas un dialogue pour autant !
Je ne suis ni un reporter, ni un peintre anecdotique, je ne veux rien raconter
".
Gobing s'oriente ainsi par goût sur des grands formats, tâche ardue quand on observe le temps énorme qu'elle passe sur ces laques merveilleuses, instantanées, saisissantes, promptitudes boisées et humides.


" L'infini omniprésent ". GOBING.


Au fait ! Passionnée d'astrologie, elle fait remarquer être du signe du Scorpion, avec un rire clair...
Cela expliquerait-il cette force que le spectateur ne peut s'empêcher de ressentir devant les œuvres ? Patrick Besset.
 












Michèle Gobing 
Peintre Laqueur
 
Le Bourg 46330 Saint-Cirq-Lapopie


Dédales et Labyrinthes...
 
Gobing a souvent représenté des escaliers mystérieux, des dédales où le regard se perd, des instants énigmatiques... elle donne ainsi tout autant à voir qu'à deviner, à essayer de comprendre.


On prendra plaisir à lire, ci-dessous, quelques unes de ses confidences...


" Descente ". GOBING.
“ Donner un sens à l'existence, célébrer le mystère. Les grands mots... mais c'est la quête de l'homme depuis le temps où, puisant à la source des forces telluriques, usant des formes de la roche, il traçait des représentations, laissant empreintes et signes sur les parois de grottes sanctuaires. Il participait à la création à travers ces rites, la perpétuait déjà....Bien qu'elles s'accommodent à chaque seconde, nos sociétés confondant l'avoir et l'être ont perdu le sens du sacré, de l'accord et du message. Dans mon atelier, perpétuant ce rituel - recevoir, transformer, rendre - je veux également restituer un enchantement, poser une once d'harmonie dans la balance du monde

Par ces trois raisons d'être de l'art : magie, rituel et célébration, c'est toujours la trinité que les artistes servent autrement, faisant du spirituel avec des sujets profanes ; l'artiste ne peut être qu'un mystique. Raisons auxquelles j'ajoute " exprimer la dualité ". Tout est dualité. L'absolu, le délire de perfection, d'unicité, mènent vite à l'aliénation, au totalitarisme, à un sourd désir de non vie.

" Je veux aussi montrer l'ambiguïté de l'instant ". GOBING.
Le chemin lui, n'est ni droit, ni unique, ni parfait. J'essaie donc toujours de mettre dans un tableau les deux faces de la médaille et dans une scène sereine, j'introduis une notion d'instabilité. Par ce jeu d'équilibre, je dis la force de vivre et ses réalités plus étonnantes que tout idéal. Sans me soucier de déplaire, je pense qu'il faut mettre avec courage le beau dans la balance de l'horreur, "faire sourire l'univers". Je souhaite que mes tableaux aient ce pouvoir de fascination du fil du rasoir, de l'arrêt au bord du gouffre, ce plaisir d'avant... la chute ou d'avant l'envol ; indicible mélange de peur et de sérénité, de doute et d'assurance, l’œuvre crée un déclic.

Exploratrice, qui avait fait germer cette graine dans ma tête de gamine ? Petite, je voulais être exploratrice; j'ai l'impression parfois d'y être parvenue, autrement. Peut-être est-ce le sentiment d'être tombée d'une étoile, d'une autre planète ou encore, happée par le puits de lumière d'un monde parallèle, d'avoir été projetée sur cette planète, pour naître Passage de la main d'or, à Paris. Naître fait de vous un explorateur, forcé de découvrir le monde à quatre pattes, puis debout...et quand ce processus de découvrir, comprendre,communiquer est entamé, il ne cesse pas.

Aux Arts Appliqués puis aux Beaux Arts de Paris j'ai découvert la laque, au départ, technique de protection décorative. Ses capacités à amplifier la lumière m'ont séduites; j'en ai détourné l'usage pour peindre. Un intérêt pour l'alchimie (lente élaboration, recherche sur l'infini par l'infinitésimal), le plaisir de la métamorphose (l'oxydation des feuilles de cuivre et d'argent) ont conforté ce choix .

Mais un tableau s'élabore et se scande aussi géométriquement, en masses colorées; force du nombre, du rythme; en musique, tempo, mesure, valeur de notes et de silences. Hermès, Dieu du verbe et du nombre offrit à Apollon une lyre d'or, le sacrant seigneur du rythme.....l'art est mathématique, physique et rythmique.


Glacier. GOBING.
Histoire du petit garçon dans mon atelier

Un petit garçon entrant avec sa mère
  - C'est une peinture astrale
Moi, aux anges
  - Comment tu le sais ?...
  - Ben, c'est écrit sur le pot de peinture.
 



L'artiste s'embarque en solitaire, sans cartes, mais le chemin est pavé d'empreintes, de signes , clins d’œils qui lui façonnent un autre sens de l'orientation. Je parcours l'espace et le temps, m'aventure plus loin, d'une vision claire à une rue sombre, cherchant les entrées, les ponts de "jungles intérieures". J'ignore les "embrasements d'inspiration", la" fièvre créatrice"et autres images d’Épinal avec lesquelles on croque l'artiste; Exploratrice oui...je passe une grande part de mes jours là où se déroule "l'invisible aventure". Exercer un art n'est pas aligner une suite de mots, de traits, de sons au physique agréable et faire se succéder des idées curieuses ou brillantes, mais chercher des liens. Ordonner l'obscure matière, ouvrir les "passages secrets de l'âme": l'artiste mène une double vie, à la recherche d'autres étages de consciences.

Aucune projection d'affect n'a lieu d'être. Un tableau peut engendrer de la sentimentalité...la séquence "émotion" dont le monde d'aujourd'hui se réclame n'est pas pour moi une valeur, tout au plus un trouble, un brouillage. Dans le même ordre d'idée, on ne peut en art être uniquement narratif ; l'anecdote sur laquelle tant de gens s'arrêtent n'est pas le sujet. Nombre d'émissions du "média-monde" fonctionnent avec ces deux ingrédients : l'émotion- sensiblerie et l'anecdote sensation; échos résiduels d'un pseudo-monde, bruits de surface

Histoire du mal voyant

Un jour de juillet, un homme entre, examine les tableaux un à un
  - Il n'y a rien qui m'enthousiasme
Et il sort en me disant
  - Au revoir, Monsieur.
  - Mais je suis une dame !
  - Ah, je me doutais bien que je disais une bêtise, excusez-moi, j'ai les yeux en très mauvais état.
     
Du rythme...

Le sculpteur rythme le vide, le compositeur le temps, à coups de silences et de valeurs de notes, le peintre rythme l'espace de son trait, de ses couleurs sur la toile qui acquièrent ce pouvoir hypnotique immédiat, cet au-delà des mots.Une œuvre nous révèle son sujet lentement, comme une photo apparaît dans le bain du révélateur : elle "développe" une pensée ou encore, à la manière d'un parfum oublié qu'on remue, nous fait "reprendre connaissance".
      
L'art est une immense vibration. Transmettons ce ravissement rythmique au cœur, au cerveau ; le cœur bat plus vite, le cerveau accélère sa marche ; l'art éveille et réveille... le rythme peut aussi servir la transe ou l'exaltation. La transe, par répétition de paroles, de mouvements et de sons, envahissement, possession, on peut y perdre aussi toute raison. La colère, la jalousie, l'ivresse, l'état amoureux en sont peut-être des substituts ; la transe des stades ? Je doute de leurs issues. A la transe, je préfère l'exaltation, qui sans exclure un sourire mystique me semble plus liée à l'idée d'émetteur-recepteur de perception.

Les bruits d'ateliers sont pleins d'enseignements

Une fillette, dix ans, entre dans l'atelier; me voyant peindre
  - C'est vous qui faites tous les tableaux ?
  - Oui
  - Alors vous pourriez être peintre ?
  - Mais je le suis !
  - Alors vous êtes connue !
  - Etre connu, c'est très relatif, oui, je suis un peu connue.
  - Pourtant, moi j'habite Paris et je ne vous connais pas...
  - Moi aussi j'habite Paris et je ne te connais pas...
Elle reste perplexe... Pourquoi, si j'habite Paris, je travaille ici. Suspicieuse, elle continue
  - Mais vous ne signez pas partout pareil
  - Mais si !
  - Alors vous écrivez mal.
Un artiste n'existe donc que célèbre ou mort ?

Perfusés au matérialisme, le monde et ses dirigeants font les esprits forts, nous usent dangereusement à entretenir ce fatalisme lié à la mort qu'ils croient irréversible ; sado-masochisme qui consiste à s'interdire une possible métamorphose. Ce sentiment vampirique ne peut que mener au désespoir et à l'irresponsabilité de l'ici et maintenant. Lutter même de manière infime, avec humour contre le chaos que l'absence d'esprit et le cynisme engendrent me semble faire partie des devoirs de l'artiste ”.


L'essentiel est-il dans le journal ? GOBING.


~ ~ ~ 


À louer - location de vacances : atelier-Galerie Michèle Gobing.


Saint-Cirq-Lapopie
Gobing, après quelques années passées à Toulouse a voulu s'en retourner à Léonard, dans sa maison d'artiste, une ancienne ferme rouergate du XVIIIème siècle... pour pouvoir plus commodément prendre ses quartiers d'été dans le Lot, plus exactement à Saint-Cirq-Lapopie, à 40 kilomètres de sa terre du Rouergue. Elle y dispose d'un second atelier et d'une galerie dans laquelle elle reçoit avec malice les touristes si nombreux, venant admirer avec stupéfaction ce beau village perché bien haut, au-dessus du Lot, un des joyaux de la France médiévale... ou encore les randonneurs et les pèlerins jacquaires faisant une halte lors de leur long périple vers Compostelle

Location de vacances dans le Rouergue de juin à septembre ?

Elle loue alors sa grande bastide de pierre de 250 m2 pour 6 à 8 personnes avec piscine, de juin à septembre, à des vacanciers amateurs de quiétude rustique et campagnarde, à des rats des villes se rêvant rats des champs afin de goûter aux vraies joies d'un été rouergat... dans un environnement très calme et réservé, à 10 km des commerces, à la sortie d'un hameau, sans circulation routière à proximité.

Description: séjour, salon, cuisine indépendante, 3 chambres, salle de bains, salle d’eau, 2 WC, terrasse, jardin de 2700 m2 avec piscine (12m x 4m, avec assainissement au sel ), mobilier de jardin, barbecue, parking, 


Équipements: 3 lits-doubles, 1 lit simple, 1 convertible, congélateur, four, four micro-ondes, lave linge, lave vaisselle, téléphone, télévision.

Service et divers: linge fourni sur demande, animaux acceptés.

Activités à proximité: pêche, randonnées, VTT, équitation, escalade, canoë kayak, festivals, montgolfière, ULM, avion, vol libre, spéléo, région touristique "Gorges de l'Aveyron" ...

Historique : Villefranche-de-Rouergue, Figeac, Cordes-sur-Ciel, Conques, Najac, Pérusse-le-Roc, Saint-Cirq-Lapopie

Prix : 1 700 € / semaine 















Contact : 
Michèle GOBING
Léonard,  La Rouquette
12200 Villefranche de Rouergue (
FRANCE)
Tel : + 33 (0)5 65 29 61 30 
(de 9h00 à 22h00)
Mobile : + 33 (0)6 12 51 28 33
E-Mail :  gobing@free.fr
Site Internet : www.gobing.fr


Coordonnées GPS

Degrés, minutes et secondes (DMS) 
Latitude : 44° 18' 52.79" N ~ Longitude : 1° 57' 11.99" E

Degrés décimaux (DD) 
Latitude : 44.314663 ~ Longitude : 1.953331



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Bulletin météorologique du jour et des suivants car un écrivain averti en vaudrait deux !




Si le temps est à l'orage, emparez-vous d'un recueil de nouvelles joyeuses, vous pourrez toujours entendre les récriminations de votre compagnon ou de votre compagne qui s'époumone dans la pièce voisine sinon votre descendance qui s'étripe à l'étage.
Si la pluie mouille le jardin, lisez des bandes dessinées, des recettes de cuisine ou des magazines automobiles afin de moins vous mortifier...
Si une éclaircie pointe à l'horizon, saisissez le bouquin abandonné l'avant-veille pour vous installer confortablement devant la vitre du salon.
Si le soleil perce au travers des nuages, prenez un des titres que je vous recommande et jetez dans les cendres de la cheminée une mèche de vos cheveux pour conjurer le mauvais sort... mais de grâce, lisez, lisez encore, lisez toujours.

Il n'y a pas que le sexe ou le travail dans la vie, pas plus qu'il n'y aurait que des bons ou des méchants autour de vous...


livres audio gratuits

Playing for Change : un succès planétaire !

Playing for Change est un projet musical multimédia qui met en scène des musiciens des quatre coins du monde pour diffuser un message de paix. En mars 2005, Mark Johnson, ingénieur du son et réalisateur, filme le guitariste et chanteur Roger Ridley dans les rues de Los Angeles, interprétant Stand by me. Il décide alors d'ajouter à cette même chanson d'autres musiciens dont Grandpa Elliot à la Nouvelle-Orleans avec sa voix chaude, en superposant leur interprétation à celle de Roger Ridley.

Il part alors avec son équipe à Barcelone, où il enregistre notamment Clarence Bekker sur Stand by me avant de partir pour l'Afrique du Sud, l'Inde, le Népal, le Proche Orient afin d'enrichir Stand by me et d'autres chansons créées sur ce même concept. La vidéo officielle de Stand By Me compte aujourd'hui plus de 39 millions de visites sur Youtube et Dailymotion (actualisé en 2012).

Stand by Me (Reste près de moi) est une chanson interprétée par Ben E. King alias Benjamin Earl Nelson (1938-2015), composée et écrite en 1961 par lui-même avec Jerry Leiber (1933-2011) et Mike Stoller (1933- ..).

La Fondation Playing for Change est une organisation à but non lucratif destinée au développement d'écoles de musiques à travers le monde. En 2008, une première école de musique est créée par la Fondation à Guglethu, (Ntonga Music School), dans la banlieue de Cape Town, en Afrique du Sud. En 2010 deux écoles de musiques construites et ouvertes: L'École de Musique et de Dance Bizung, à Tamalé (Ghana), L'École de Musique de Kirina (Mali). La Fondation Playing for Change développe des programmes éducatifs au Népal à Tintale (Katmandu) et au Rwanda (Intore Cultural Center) en collaboration avec d'autres organisations.
La formation musicale " The Playing For Change Band " sera en tournée à travers le monde dès février 2012. On y retrouvera Mohammed Alidu (percussions - Nord du Ghana), Clarence Bekker (voix - Pays-Bas/Surinam), Grandpas Elliot (voix/harmonica - Nouvelle-Orléans), Mermans Kenkosenki (voix/percussions - République Démocratique du Congo), Jason Tamba (guitariste - Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo) et Titi Tsira (voix - Gugulethu, township du Cap-Occidental, Afrique du Sud).

D'autres chansons sont rassemblées sur un cd/dvd produit en collaboration avec Concord Records, sorti en avril 2009 aux États-Unis. En 2010, un deuxième album sort, Playing for Change Live, qui réunit des artistes du monde entier sur scène. En 2011, un troisième album sort, "PFC 2: Songs Around The World".

Le documentaire "Playing for change : Peace trough music", (83 min) réalisé par Mark Johnson et Jonathan Walls est un voyage musical sur quatre continents qui relate la réalisation de ces chansons autour du monde, nous mène à la rencontre de musiciens de divers horizons, évoquant la réalité dans laquelle ils vivent et contemplant le pouvoir de la musique en tant que vecteur universel de paix. Le film est d'abord présenté en 2008 dans une version inachevée au Festival du Film de TriBeCa, à New York, avant d'être diffusé dans une version courte (57min), en été 2009 sur le "Public Broadcasting Service" (PBS) - réseau de télévision public à but non lucratif avec 354 stations de télévision membres aux États-Unis qui le détiennent en propriété collective. La version finale (83 min) est sortie aux États-Unis en octobre 2009 aux États-Unis en DVD en septembre 2009.


Pour vous, selon les circonstances, écrire correspond à...



. une vraie corvée qui vous pourrit la vie ? Vive le dictaphone, le téléphone sans fil et votre webcam...


. une étape obligatoire dont vous vous accommodez pour rédiger un rapport, demander une augmentation de salaire, vous plaindre d'un commerçant malhonnête ou dénoncer un voisin trop bruyant ?


. une activité archaïque, de la nostalgie au charme suranné qui vous ramène au temps de votre enfance, à l'époque des pleins et des déliés, du porte-plume, des plumes Sergent-Major et du bonnet d'âne ?


. un simple plaisir qui vous rend heureux, en maniant le verbe et la langue, afin de faire de belles phrases pour offrir de beaux voyages imaginaires à vos correspondants coincés dans la routine du quotidien ?


. une véritable drogue, vous êtes graphomane ? Pas un jour, pas une heure sans une ligne dans votre journal, sur l'écran d'un de vos ordinateurs, sur une feuille blanche, sur une page de carnet, dans la marge du journal parcouru en buvant votre café noir.


. une religion païenne ? Tous les jours, vous remerciez le ciel d'avoir permis aux sumériens des temps Anciens de vous léguer une si belle invention.

... dîtes-moi donc à quoi correspond, pour vous, le temps passé à écrire ?

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Jacquie Lawson e-cards

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